Fabienne, de Port-Bou
Yves, de Plomanac’h
Ahmed, de Djijel
Hamidou, de Port-Gentil
Juan, de Bilbao
Aldo, de Syracuse
Nous autres
Oui
Nous autres
Il fut un temps
Un autre temps
Où nous fumes
Oui
Où nous fûmes
marins
Gens de voiles et de cordes
De mâts et d ‘écoutilles,
C’était alors le temp
Oui
Le temps
Du chicaner le vent,
Notre refrain, crié à voix claire et sonore
Par’r’ à mâter
Par’ r’à virer
Pa’r’à lofer
P’ar’à abattre
Barre dessous...toute
B’orde la voile
C’hoque l’écoute
Ne craignant ni Dieu ni Diable
Campés ferme à la proue du vaisseau
Agrippés aux agrès
Défiant avec des rires déments
Dans la lumière crépusculaire
La fureur aveugle
Des merry men provocants
Leurs assauts échevelés
Leurs mugissements
De Leviathan en fureur
Voilés d’ombres funèbres
Et maintenant,
A ce jour,
A ce jour d’aujourd’hui
Retour des îles Sous le Vent
Depuis quelques vingt lunaisons
Damnés,
Oui
Nous sommes devenus
Damnés
Gens de cendre
Rejettés de ce monde
En quarantaine
Impitoyable
Cendre et enfer!
Dans cet espace
Clos sur lui-même
Somnanbules
En état d’hibernation
Notre seule accès à liberté,
Ce chemin
En côte raide
Escarpé
Caillouteux
Raboteux
Poussiéreux
Où tous les jours,
Oui,
tous les jours
Sur le calcaire qui s’effrite
Nos silhouettes
Affamées
Efflanquées
Décharnées
Mais
Epaules
Redressées
Et vaillants
Du jarret
Font encore
Résonner
Avec force
Nos pas sonores,
Balancé d’une marche
Devenue rebelle
Lieu de passage
Jusqu’à la ligne
D’horizon Infinie
Qui libère notre vision
D’où s’envole vers l’azur
Le bel stryeophane à crêtes
Emportant dans ses serres
Puissantes
Nos cris de liberté
Tiamara, tiamara
Appris là-bas
Dans les îles Sous-le-Vent Vent
Nos îles vagabondes
Envoûtés par
Nos beautés païennes
De rencontres éphémères
De leurs corps androgynes
Nos beautés exotiques
Nos beautés érotiques
Nos beautés frénétiques
Et nous nous souvenons
Alors
Oui, nous nous souvenons
A l’abri des grandes palmes courbées
Sur le sable chaud
Des plages alanguies
Sous les regards complices
De leurs Dieux factices
Qui ont noms
Opouamanné
Oenamoe
Opi-Pataï
Onokou
Oetanaou
Fati-Aïtapou
aux sons
du cri aigre
Du phaéton des Paum
De nos caresses fièvreuses
De leurs bouches licencieuses
De nos soupirs fébriles
Au contact de leurs
Sexes corail
Enivrés d’odeur et
D’alcool parfumé
De ces défuntes beautés
De leurs corps renversées
De leurs chants florilèges
De leurs danses sortilèges
Brasier de jouissance
Te umu ti,te umu ti
No te raa i te vaï
No té e malinié… Aué
Là-bas
Oui, là-bas où
Tout n’est que calme, luxe et volupté
Cependant, ne dis jamais
Non
Surtout, ne le dis jamais
Ce mot,
ce mot terrible
Que tu es arrivé,
Que tu poses ton sac
Car, partout et toujours
Tu es,
Oui,
Tu seras toujours
Un Nomade,
Oui,
Un Nomade
De passage sur cette terre
Et aie toujours en tête
Ce poème chanté par les Maures
Eux aussi autres nomades
Fous sont les poltrons qui craignent les morts
La mort qui ne vient jamais qu’à l’heure écrite.
Pour les braves et pour les Peureux
Folie, folie d’espérer l’oubli du destin !